Ce roman est l'histoire de Gilles et des possibilités qu'il rencontre: de la fatigue qui les emporte. C'est l'avance, à travers un morceau du temps, de personnages qui vont tous vers un échec semblable, qui ne sont pas reconnus. La désinvolture n'est qu'à la surface de ce livre. Sa discrétion se masque en sècheresse que la lecture attentive dément. La pudeur cache une sensibilité et même une souffrance réelles. De quoi s'occupe Gilles, qui apparemment ne fait rien? "De la réification", dit-il. Et c'est ce personnage du roman qui remarque qu'il n'est que personnage de roman, en une page étonnante qui sera légitimement tenue pour un sommet de la rigueur de l'écriture moderne, dans son témoignage d'une crise générale de la communication. Tout le monde connait, depuis quelques années déjà, le ton et le contour des romans consacrés à l'amoralisme d'une jeunesse oisive et désenchantée. Dernier venu de la série, celui-ci ne se fait remarquer qu'en accumulant à l'excès toutes les conventions du genre. Geneviève, la narratrice, cèdera-t-elle au charme de la toute jeune maitresse que son mari affectueux l'invite à partager, ou préfèrera-t-elle garder son amant, ou enfin choisir une autre amante? Voila le centre de la pauvre intrigue qui se déroule complaisamment, sur la Rive Gauche & la Côte d'Azur bien sûr, tout au long d'une beuverie ininterrompue. L'auteur qui manque visiblement de conviction, y supplée par quelques habiletés subalternes.

"C'était un mauvais peintre et un charmant vieil homme, pétri d'un modernisme désuet."

"Carole ne faisait pas du café, mais du désordre."

"J'eus la même réponse positive. C'était normal. Car enfin, si Gilles n'avait plus aimé les mêmes filles que moi, cela eût introduit entre nous un élément de séparation."

"Je me réveille toujours plus tôt dans un lit dont je n'ai pas l'habitude."