"Les manipulateurs de la publicité, avec le cynisme traditionnel de ceux qui savent que les gens sont portés à justifier les affronts dont ils ne se vengent pas, lui annonce aujourd'hui tranquillement que "quand on aime la vie, on va au cinéma". Mais cette vie et ce cinéma sont également peu de chose; et c'est par là qu'ils sont effectivement échangeables avec indifférence."

"Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter."

"Comme le mode production les a durement traités! De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu'ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait."

"Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu'ils sont parqués en masse, et à l'étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres; mal nourris d'une alimentation polluée et sans goût; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées; continuellement et mesquinement surveillés; entretenus dans l'analphabétisme modernisé (°) et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres."
(L'analphabétisme modernisé ne signifiait à ce moment rien d'autre que la simple culture spectaculaire. C'est des années après que l'on a pu constater que celle-ci ramenait aussi l'analphabétisme proprement dit, sous une forme atypique.)

"Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles"

"Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d'un décor dont ils essuient les plâtres."

"Leurs éprouvantes conditions d'existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale."

"Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n'importe quoi en le leur disant n'importe comment; et aussi bien le contraire le lendemain."

"Séparés entre eux par la perte générale de tout langage adéquat aux faits, perte qui leur interdit le moindre dialogue; séparés par leur incessante concurrence, toujours pressée par le fouet, dans la consommation ostentatoire du néant, et donc séparés par l'envie la moins fondée et la moins capable de trouver quelque satisfaction, ils sont même séparés de leurs propres enfants, naguère encore la seule propriété de ceux qui n'ont rien (°)."
(Sens du mot "prolétaire", chez les Romains)

"Le caractère illusoire des richesses que prétend distribuer la société actuelle, s’il n’avait pas été reconnu entre toutes les autres matières, serait suffisamment démontré par cette seule observation que c’est la première fois qu’un système de tyrannie entretient aussi mal ses familiers, ses experts, ses bouffons. Serviteurs surmenés du vide, le vide les gratifie en monnaie à son effigie. Autrement dit, c’est la première fois que des pauvres croient faire partie d’une élite économique, malgré l’évidence contraire."

"Et croirait-on, après tout ce que chacun a pu voir, qu'il existe encore, parmi les spectateurs spécialisés qui font la leçon aux autres, des tarés capables de soutenir qu'une vérité énoncée au cinéma, si elle n'est pas prouvée par des images, aurait quelque chose de dogmatique? D'ailleurs la domesticité intellectuelle de de cette saison(°) appelle envieusement "discours du maître" ce qui décrit sa servitude; quant aux dogmes ridicules de ses patrons, elle s'y identifie si pleinement qu'elle ne les connait pas."
(Les media l'avaient appelée un instant: "Nouvelle Philosophie")

"Les images existantes ne prouvent que les mensonges existants"

"Les anecdotes représentées sont les pierres dont était bâti tout l'édifice du cinéma. On n'y retrouve rien d'autre que les vieux personnages du théâtre, mais sur une scène plus spacieuse et plus mobile, ou du roman, mais dans des vêtements et environnements plus directement sensibles. C'est une société, et non une technique, qui a fait le cinéma ainsi. Il aurait pu être examen historique, théorie, essai, mémoires. Il aurait pu être le film que je fais en ce moment."

"Oui, je me flatte de faire un film avec n'importe quoi, et je trouve plaisant que s'en plaignent ceux qui ont laissé faire de toute leur vie n'importe quoi."

"Pour justifier aussi peu que ce soit l'ignominie complète de ce que cette époque aura écrit ou filmé, il faudrait un jour pouvoir prétendre qu'il n'y a eu littéralement rien d'autre, et par là même que rien d'autre, on ne sait trop pourquoi, n'était possible. Et bien! Cette excuse embarrassée, à moi seul, je suffirai à l'anéantir par l'exemple. Et comme je n'aurai eu besoin d'y consacrer que fort peu de temps et de peine, rien ne m' paru devoir me faire renoncer à une telle satisfaction."

"(...) l'exemple bien connu de ce florissant personnel syndical et politique, toujours prêt à prolonger d'un millénaire la plainte du prolétaire, à la seule fin de lui conserver un défenseur."

"C'était à Paris, une ville qui était alors si belle que bien des gens ont préféré y être pauvres, plutôt que riches n'importe où ailleurs."

"On n'en avait pas encore chassé les habitants. Il y restait un peuple, qui avait dix fois barricadé ses rues et mis en fuite des rois. C'était un peuple qui ne se payait pas d'images. On n'aurait pas osé, quand il vivait dans sa ville, lui faire manger ou boire ce que la chimie de substitution n'avait pas encore encore osé inventer."

"Des gens bien sincèrement prêts à mettre le feu au monde pour qu'il ait plus d'éclat"

"Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu"

"C'est là que nous avons acquis cette dureté qui nous a accompagnés dans tous les jours de notre vie; et qui a permis à plusieurs d'entre nous d'être en guerre avec la terre entière, d'un cœur léger." (sommeil sanglant ! cf. DestroyAllDreamers)

"La chaleur et le froid de cette époque ne vous quitterons plus."

"Les avant-gardes n'ont qu'un temps; et ce qui peut leur arriver de plus heureux, c'est, au plein sens du terme, d'avoir fait leur temps."

"On sait que cette société signe une sorte de paix avec ses ennemis les plus déclarés, quand elle leur fait une place dans son spectacle."

"Qu'on ne me demande pas maintenant ce que valaient nos armes: elles sont restées dans la gorge du système des mensonges dominants. Son air d'innocence ne reviendra plus."

"Ce qu'ils ont fait montre suffisamment, en négatif, notre projet. Leurs immenses travaux ne les ont donc menés que là, à cette corruption. La haine de la dialectique a conduit leur pas jusqu'à cette fosse à purin(°)."
(Ce que l'on désigne ici ou là comme les malheurs accidentels de la pollution; mais qui sont en fait des nécessités logiques partout obscurément présentes dans le "bonheur" choisi par la société spectaculaire-marchande)

"Elle est devenue ingouvernable, cette "terre gâtée" où les nouvelles souffrances se déguisent sous le nom des anciens plaisirs; et où les gens ont si peur. Ils tournent en rond dans la nuit et ils sont consumés par le feu. Ils se réveillent effarés, et ils cherchent en tâtonnant la vie. Le bruit court que ceux qui l'expropriaient l'ont, pour comble, égarée."

"Comme le montre encore ces dernières réflexions sur la violence, il n'y aura pour moi ni retour, ni réconciliation."

"La sagesse ne viendra jamais."

"A REPRENDRE DEPUIS LE DÉBUT (°)"
(S'opposant aux traditionnelles marques de conclusion, "Fin" ou "A suivre", la phrase doit être comprise à tous les sens du verbe "reprendre". Elle veut dire d'abord que le film, dont le titre était un palindrome, eût gagné à être revu dans l'instant, pour atteindre plus pleinement son effet désespérant: c'est quand on a connu la fin que l'on peut savoir comment il fallait comprendre le début. Elle veut aussi dire qu'il faudra recommencer, tant l'action évoquée que les commentaires à ce propos. Elle veut dire enfin qu'il faudra tout reconsidérer depuis le début, corriger, blâmer peut-être, pour arriver un jour à des résultats plus dignes d'admiration.)