Ne soyons pas plus royaliste que Ségolène ;-) , surtout dans la mesure où il existe un premier "simple" (à l'époque de ma jeunesse, on disait encore un "45 tours" ou un "maxi", puis c'est devenu un "cd single"... Maintenant que la dématérialisation se globalise, quelle sera l'expression consacrée? J'aime beaucoup "extrait", mais ce terme implique qu'un "album" existe... Qui sait si ce genre de conteneur va perdurer, qui-plus-outre!?!), et qu'en plus une vidéo, assez inspirée, l'accompagne; autant suivre la volonté du groupe (enfin, dans le meilleur des cas!).
Ce premier extrait est donc "Papillon".

Pour celles & ceux qui ne sauraient se contenter de la qualité assez médiocre (même en "HQ") des solutions à la YouTube, votre serviteur vous offre un lien vers la vidéo HD (Video: MPEG2 Video 1280x720 50.00fps 9600Kbps & Audio: Dolby AC3 48000Hz stereo 448Kbps; le tout pesant 282Mo!) de cette très belle chanson, dont je vous livre le texte (traduction sur demande):
Make our escape, you're my own papillon.
The world turns too fast, feel love before it's gone.

It kicks like a sleep twitch!
My papillon, feel love when it's shone.

It kicks like a sleep twitch!

Darling, just don't put down your guns yet,
if there really was a God here,
he'd have raised a hand by now.
Now darling, you'll both get old and die here,
well that's quite enough for me,
we'll find our own way home somehow.

No sense of doubt, of what you can achieve.
Well I've found you out, I've seen the life you wish to lead.
And well it kicks like a sleep twitch!
You will choke, choke on the air you try to breathe.

It kicks like a sleep twitch!

Darling, now just don't put down your guns yet,
if there really was a God here,
he'd have raised a hand by now.
Darling, you'll both get old and die here,
well that's quite enough for me dear,
we'll find our own home somehow.

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah [x4]

It kicks like a sleep twitch!

Fascinante obsession de quelques uns de nos meilleurs amis anglais (J'espère que Chris Cunningham ou Dany Boyle, ça vous dit quelque chose!) pour ces ambiances urbaines, post-industrielles, menaçantes, désertes ou surpeuplées de visages indifférenciés... Dont le point central est la déshumanisation croissante de nos sociétés.

La vidéo illustrant ce "papillon" fait resurgir des éclats glaçants de travaux des deux réalisateurs ci-dessus nommées. Le plus évident est sans doute le terrifiant "28 days later" de Juan Carlos Fresnadillo: courses effrénées, froide lumière, l'inéluctable rodant, ce Londres étrangement désertique & angoissant... Une œuvre bicéphale, pour les retardataires, à découvrir d'urgence! Deux volets aussi différents que complémentaires là où Dany Boyle "économise" moyens & pellicule (tutoyant l'amateurisme), le sieur Juan Carlos "envoie la cavalerie lourde" à sa suite! Dans son "28 weeks later" il frappe lui aussi très fort (dans les codes plus classiques de la "grosse machine cinématographique"): bande son pétrifiante; séquence "kiss of death" monumentale, sur le fil absolu de l'insupportable & problématique illustration de la mort, de l'horreur. Soyez averti(e)s: ce ne sont pas deux films innocents, anodins. C'est mieux d'avoir le cœur solide et l'esprit léger pour encaisser la noire charge du désespoir qui en émane...

Autre référence surgissant immédiatement: quelques clips de maitre Cunningham: surtout, et dans un volontairement relatif désordre, "Afrika Shox" pour Leftfield, "Come to daddy" pour Aphex Twin, ou encore son travail pour Radiohead...
Chers profanes, qui ignoriez jusqu'alors que le vidéo-clip était un possible art perturbateur depuis la totale & fracassante prise en charge du genre entre 1996 & 2005 par le grand Chris; précipitez-vous sur le DVD du Monsieur! Contenant quelques autres prodiges, comme par exemple "Windowlicker" pour Aphex Twin, la pureté & la blancheur "paradisiaque" du sublime "All is full of love" pour Bjork; ainsi que son pendant "obscur": l'étrange (dans ce sens: une bizarrerie dans la discographie de l'icône pop) "Frozen" pour Madonna, à qui Craig Armstrong offre sa maîtrise des cordes, soit dit au passage!).

Les bases étant posées, l'intention que je perçois dans la vidéo d'Editors est sensiblement opposée à celles des (courts ou longs) métrages auxquels elle ne manque pas de faire écho, référence; il me semble même de répondre.
Le malaise, voire la peur, sont -a minima- les sensations que veulent vous inspirer les chef d'œuvres que sont "Afrika Shox" & "Come to daddy". L'absolue & désespérée terreur est ce que les deux volets de "28 ... later" entendent démontrer, jusqu'à l'horreur la plus radicale (encore une fois, la scène "kiss of death" de 28 weeks later est l'apothéose d'une "aléatoire" cruauté, époustouflante opposition/complémentarité entre l'atrocité de l'image & l'ampleur lyrique de la musique).

Au passage, suis-je le seul (le premier?) à trouver (à chercher?) une ressemblance physionomique certaine entre le coureur de ce clip & notre vieil ami Robert Carlyle dans la scène qui ouvre "28 weeks later" justement!
Robert qui incarnait le Begbie de "Trainspotting" & "Porno", aussi le Don de "28 weeks later"... nous avait régalés dans "The full monty" & surtout "Plunkett & MacLeane", sur une musique de... Craig Armstrong (indice que nous tournons en rond -réellement?-, peut-être pas toujours dans la nuit, mais aussi souvent que possible dévorés par nos propres voix du feu!

"Papillon" utilise des procédés narratifs très proches, seulement ceux-ci sont soutenus, & au service de celui-ci, par un texte où l'espoir est essentiel. Un espoir "contemporain du chaos" dans sa façon de s'exprimer, très sombre, presque résignée: "Now darling, you'll both get old and die here, well that's quite enough for me dear, we'll find our own way home somehow." (soit, vite interprété par votre serviteur: "Mon amour, tu vieilliras & mourras là, et c'est déjà bien assez pour moi très chère, on finira bien par découvrir une espèce de route jusqu'à chez nous") et où pourtant la modeste (une véritable modestie, pas cette infecte variante du misérabilisme à la Delerm père & fils) beauté du sens de la vie est centrale et clairement exposée, à savoir: vivre du partage de l'amour.



Au fait, avant que je ne l'oublie, l'urgence de ces courses (pour retrouver un amour, échapper -provisoirement?- à l'horrible) ne sont pas sans faire aussi résonner une formule vielle de quarante ans passés... Voyez-vous à quoi je fais allusion? Oui, c'est bien un slogan de "mai68™", à savoir: Cours camarade, le vieux monde est derrière toi!